FHH 258 11

Werner Schaufler

Hans Himmelheber assis à côté de son Butoba
Mali, 1955/56
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 258-11

Himmelheber 2022 1

Rainer Wolfsberger

L’un des appareils photo de Hans Himmelheber.

FHH 330 17

Photographe inconnu
Hans Himmelheber filme un sculpteur au travail
Côte d’Ivoire, Biégjüé, 1965
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 330-17

FHH 243 11

Werner Schaufler
Hans et Ulrike Himmelheber réalisent des enregistrements sonores
Libéria, Ganvié, région Dan, 1955/56
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 243-11

FHH 255 31

Photographe inconnu
Hans Himmelheber réalise des enregistrements sonores
Côte d'Ivoire, 1955/56
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 255-31

FHH 335 31

Photographe inconnu
Hans Himmelheber filme un fondeur de métal au travail
Côte d'Ivoire, Boundiali, région Sénoufo, 1965
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 335-31

FHH 420 10

Photographe inconnu
Hans Himmelheber avec sa caméra Super 8
Libéria, Nyor Diaple, 1976
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 420-10

FHH 303 17

Hans Himmelheber
Un homme regarde, dix ans après la date de la prise de vue, son image dans le livre Les Dan
Libéria, région Dan, 1960
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 303-16

Alaska Bethel alte freundinnen und freunde 210223

Hans Himmelheber
Martin Himmelheber avec d’anciens amis de son père
Bethel, États-Unis, 1986
Propriété privée Martin Himmelheber

FHH 294 32

Photographe inconnu
Hans Himmelheber avec son équipement technique
Côte d'Ivoire, Boundiali, région Sénoufo, 1955/56
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 294-32

FHH 344 19

Hans Himmelheber
L’équipe du F.M.I. en train de filmer
Côte d'Ivoire, région We, 1968
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 344-19

Himmelheber 2022 2

Rainer Wolfberger
La caméra Bolex de Hans Himmelheber avec diverses étiquettes

FHH 243 8

Photographe inconnu
Hans Himmelheber réalise des enregistrements sonores
Libéria, Ganvié, région Dan, 1955/56
Négatif noir et blanc, archives photographiques du Museum Rietberg, FHH 243-8

Hans Himmelheber et la Technologie

Martin Himmelheber
17.03.2023

Mon père Hans Himmelheber aurait probablement aujourd’hui le tout dernier smartphone dans sa poche et téléchargerait les applications les plus folles. Je le suppose parce que, déjà à son époque de voyageur en Afrique, il était toujours équipé de technologies high-tech pour documenter ses recherches : lors de son deuxième voyage dans les années 1930, il emportait avec lui un phonographe à cylindres de cire¹.
Des appareils photo, bien sûr, puis plus tard des caméras et un tout premier magnétophone à bande avec mécanisme à remontage mécanique, le Butoba. Lorsque les premiers appareils photo instantanés Polaroid sont apparus sur le marché, il en a acheté un et l’a emporté avec lui au Liberia.

Enfant, au début des années 1960, j’ai beaucoup participé à tout cela : je l’aidais à monter ses films 16 mm. Pour ce faire, il avait tendu des cordes à linge dans une chambre sous les combles. Il y suspendait les bandes de film, scène par scène, à l’aide de pinces à linge numérotées, puis collait les séquences les unes à la suite des autres. Je manipulais la raboteuse à film et la presse à collage.

Son frère aîné Max était devenu ingénieur et avait inventé le panneau de particules. Peut-être cela l’a-t-il motivé à inventer quelque chose lui aussi. Il lisait régulièrement que des enfants se noyaient dans les piscines ou les lacs de gravière parce qu’on les retrouvait trop tard. Son idée : un collier muni d’un petit dévidoir de fil dans la nuque de l’enfant, auquel était attachée une balle rouge au bout d’une corde. Je venais d’apprendre à nager et, par une journée d’automne assez froide, nous avons testé le dispositif. Un seul maître-nageur regardait. Heureusement ! J’étais très gêné avec cette balle rouge dans la nuque. Le facteur de vanité enfantine n’avait pas été pris en compte par mon père dans son invention, mais à part cela, le système fonctionnait. Et il a même obtenu un certificat de modèle d’utilité de l’Office allemand des brevets.

Les cylindres de cire mentionnés ont, comme par miracle, été conservés. Les enregistrements de chants et de contes des Baoulé des années 1934 et 1935 avaient été remis par Hans Himmelheber à Berlin, aux Archives phonographiques allemandes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les caisses ont atterri dans une galerie de mine quelque part en Thuringe. Après la fin de la « guerre froide » dans les années 1990, l’Allemagne et la Russie ont échangé des biens saisis de longue date ; c’est ainsi que les cylindres de cire sont revenus à Berlin. Grâce à une technologie sophistiquée, les spécialistes du musée ont numérisé les enregistrements, et mon père a pu, en l’an 2000 — quelques années avant sa mort, je crois — écouter la musique qu’il avait enregistrée 65 ans plus tôt. Aujourd’hui, on peut écouter ces enregistrements sur Internet.

Avec ma mère Ulrike Himmelheber, Hans Himmelheber emportait le Butoba au Liberia et en Côte d’Ivoire. Comme les batteries étaient difficiles à obtenir dans les premières années suivant la Seconde Guerre mondiale, l’entraînement de la bande fonctionnait mécaniquement. Un mécanisme à ressort faisait passer la bande magnétique devant les têtes de lecture. Seule la magnétisation nécessitait de l’électricité, fournie par de lourds accumulateurs.

Lorsque tous deux ont écrit leur livre Les Dan, ils ont eu l’idée de ne pas fournir uniquement du texte et des images, mais aussi du son. Le livre est accompagné d’un disque vinyle sur lequel on peut entendre de la musique, des chants et des récits. Hans Himmelheber y donne des explications d’une voix de fausset étonnamment aiguë. Je crois que c’était à la mode à l’époque ; même sur de vieux enregistrements radiophoniques, il parle d’une voix artificiellement haute.

Au fond, mon père était avant tout un homme de l’image : les caméras le fascinaient. Il avait généralement deux Leica avec lui, l’un pour le noir et blanc, l’autre pour les diapositives couleur. Il filmait avec une caméra Bolex 16 mm équipée de trois objectifs interchangeables : grand angle, standard et téléobjectif. Il fallait régler à chaque fois le diaphragme et la distance. Comme une bobine de film ne permettait que trois minutes d’enregistrement — et qu’une bobine coûtait très cher à l’époque —, mon père réfléchissait soigneusement à chaque scène. Il respectait toujours une règle, qu’il répétait sans cesse à Eberhard et à moi : « Approche-toi. »

Lors d’un voyage ultérieur, il emporta également une caméra Super 8 avec son magnétique. L’avantage était de permettre un son synchronisé avec les lèvres. Mais le montage des films s’est révélé extrêmement compliqué.

L’appareil Polaroid déjà mentionné était certes un gros bloc, encombrant, et les images étaient plutôt médiocres. Il l’emportait néanmoins toujours avec lui afin de pouvoir satisfaire immédiatement le souhait de ses amis au Liberia et en Côte d’Ivoire d’avoir une photo. Sinon, il avait toujours dû les faire patienter : « Quand je reviendrai, je t’apporterai ta photo ! » Cela a souvent fonctionné, mais pouvoir donner une image sur-le-champ, c’est tout autre chose.

Après son voyage en Alaska de 1937/38, il a d’ailleurs fallu attendre 50 ans avant que nous puissions, lors d’un voyage commun à l’été 1986 sur l’île de Nunivak et à Bethel, sur le Kuskokwim, montrer et offrir des photos aux amis d’alors, à leurs enfants et à leurs petits-enfants. Pour Hans Himmelheber, ce furent des retrouvailles profondément émouvantes.

Malgré toute sa passion pour la technique, il tenait à ce qu’elle perturbe le moins possible ce qui se passait. Pour la Bolex, il avait un trépied. Le magnétophone, plus tard un Uher, avait la taille d’une serviette, et les appareils photo pendaient autour du cou. Ainsi, il parcourait les villages avec Ulrike, puis plus tard avec Eberhard, là où apparaissaient des personnages masqués, où les femmes cuisinaient, ou encore là où travaillaient un sculpteur de masques ou une potière.

Le travail avec une équipe de l’Institut de Göttingen pour le film scientifique a dû être pour lui un véritable cauchemar. Les règles strictes que les cinéastes imposaient aux danseuses et danseurs avec leur équipement rigide gâchaient beaucoup de choses. Un seul exemple : les cameramen avaient eu l’idée de filmer depuis le toit de leur combi Volkswagen. Pour que les danseurs masqués restent bien dans le cadre, ils avaient délimité un carré avec des feuilles de palmier, au-delà duquel les acteurs n’étaient pas censés danser. « Dans la danse africaine, tout se joue dans les pieds ; comment veux-tu filmer ça depuis le toit d’un VW ? » s’est-il indigné longtemps encore.

Afin de pouvoir manipuler ses nombreux appareils, il les avait couverts de petites étiquettes autocollantes. On y lisait à quoi servait tel levier ou tel bouton. Mais aussi des règles indiquant avec quelle exposition on se trompait le moins ou ce qu’il valait mieux ne pas dérégler. Sur un ancien posemètre, on trouve par exemple cette note : « Ce posemètre est, selon Photo Braun, défectueux. Faux : il décale simplement de deux diaphragmes ! »

Jusqu’à un âge très avancé, Hans Himmelheber est resté passionné de technique. Sa petite-fille Clara Himmelheber était en visite à Noël autour du passage à l’an 2000 et avait apporté son ordinateur portable. Il voulait qu’elle lui explique l’ordinateur et lui montre ce qu’on pouvait faire avec. Lorsque son grand-père a vu le clavier, il a été déçu, m’a raconté Clara : « Ah, mais c’est comme une machine à écrire. Je pensais qu’on parlait simplement dedans et que l’ordinateur faisait le reste. »

Il a fallu attendre encore bien plus d’une décennie avant l’arrivée d’Alexa sur le marché…

1

Pour les enregistrements sonores de Hans Himmelheber, voir également l’émission de radio "Die Wachswalzen meines Vaters. Arbeit und Reisen des Ethnologen Hans Himmelheber", Martin Himmelheber, SWR, 23.6.2005, 24'15''