Hans Himmelheber
Portrait d’une femme kuba et de son fils lors de la vente d’œuvres d’art
Pays kuba, 8.3.1939, négatif SW
Musée Rietberg Zurich, FHH 185-30
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Artistes du pays kuba
Harpe
Avant 1939, bois, fibre végétale, 66 × 24 × 20 cm
Musée Rietberg Zurich, 2018.101
Don de Martin Himmelheber
Acquis par Hans Himmelheber
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Artistes du pays kuba
Gobelet à vin de palme
Avant 1939, bois, 19 × 15 × 12 cm
Musée Rietberg Zurich, 2018.14
Don de Martin Himmelheber
Acquis par Hans Himmelheber
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Artiste homme et artiste femme du pays kuba
Textile avec broderie
Avant 1939, raphia, 66 × 62 cm
Musée Rietberg Zurich, 2014.138
Don de Barbara et Eberhard Fischer
Acquis par Hans Himmelheber
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Hans Himmelheber
Une femme kuba et Hans Himmelheber prenant la pose pour une scène d’achat
Pays kuba, 8.3.1939, négatif SW
Musée Rietberg Zurich, FHH 185-35
Plus d'informationsLa patronne, l’art et la photographie
Nanina Guyer
17.03.2023
En quête d’objets de l’art du quotidien, comme des gobelets, des boîtes ou des tissus, Hans Himmelheber se rendit le 8 mars 1939 dans un grand village situé entre Mushenge et Port Francqui, dans ce qui était alors la colonie belge du Congo. Il y rencontra une cheffe de village qui l’impressionna. Himmelheber consigna cette rencontre dans son journal :
« C’est une aristocrate très imposante, grande et réservée, aux paupières élégamment basses. Elle s’assoit devant moi. L’assemblée se tient debout, et les chefs masculins la saluent, en s’accroupissant tous, puis en applaudissant d’une manière caractéristique, pendant lequel elle reste assise tranquillement sans réaction. »1
Sur le portrait qu’Himmelheber fait d’elle et de son fils, elle apparaît digne et inaccessible, nous défiant dunous regarde, tandis que les hommes à l’arrière-plan observent l’événement d’un œil critique. Les femmes du pays kuba jouissaient d’un grand prestige et de nombreuses œuvres d’art recherchées par Himmelheber se trouvaient en leur possession2. Himmelheber acheta dans le village deux harpes, plusieurs gobelets sculptés, des boîtes en forme de demi-lune et des étoffes de raphia. Himmelheber organise une reproduction de cette transaction pour en garder une documentation photographique, et choisit pour l’occasion la cheffe du village comme partenaire de vente. Il en fait également le récit dans son journal :
« Plus tard, j’ai essayé de me faire photographier avec la cheffe par un de mes hommes, dans une scène d’achat fictive. Et alors que les boys à moitié éduqués ne comprenaient absolument rien à la photographie, elle a tout de suite compris de quoi il s’agissait, a tendu la main de l’argent que je lui proposais, comme si nous négociions réellement. »3
La photographie montre Himmelheber assis sur une chaise, un gobelet et des tissus dans une main, une pièce de monnaie dans l’autre. Les œuvres d’art acquises sont étalées devant lui. La femme est assise plus bas que Himmelheber, sur un large tabouret, et tend la main vers la pièce de monnaie qui lui est présentée. La population masculine du village forme une sorte de cadre autour de l’action principale.
C’est l’une des rares fois où Himmelheber quitte son appareil photo pour être lui-même pris en photo. Le fait qu’il le fasse précisément en train d’acheter des objets d’art, une activité qu’il n’a pas l’habitude de mettre en avant, est intéressant. Quel était l’objectif de Himmelheber avec cette photo ? La photo s’adresse au lectorat de la revue Brousse, dans laquelle il publiera peu de temps après un essai sur l’art des Kuba, et qui s’adressait spécifiquement aux collectionneurs d’art congolais. La photographie est reproduite dans cet article, accompagnée de la légende : « Achat d’objets par l’auteur, chez les Bakele ».4 La photographie peut être lue comme un mode d’emploi sur la « bonne » manière de procéder à des acquisitions, à savoir : avec de l’argent, en public et d’un commun accord.
Et cette femme dont on ne connaît pas
le nom ? Cette image peut être interprétée de différentes manières. Alors
que l’acquisition d’objets d’art et la prise de vue photographique se
déroulaient dans un climat d’oppression générale, elle a pu considérer qu’adopter
temporairement le rôle de vendeuse, dans une mise en scène qui fait d’elle une
actrice, contribuerait à renforcer son prestige.
Source:
Guyer, Nanina: Die Chefin, die Kunst und die Fotografie. in Nanina Guyer und Michaela Oberhofer (Hg.): Fiktion Kongo. Kunstwelten zwischen Geschichte und Gegenwart. Zürich: Museum Rietberg / Scheidegger & Spiess, 2019
Vous pouvez télécharger le catalogue de l'exposition ici :
1
Himmelheber, Journal, 8.3.1939 (Archives du Musée Rietberg Zurich).
2
Oberhofer, Michaela: Im Spannungsfeld zwischen Forschen und Sammeln: Hans Himmelheber im Kongo 1938/39. in Nanina Guyer und Michaela Oberhofer (Hg.): Fiktion Kongo. Kunstwelten zwischen Geschichte und Gegenwart. Zürich: Museum Rietberg / Scheidegger & Spiess, 2019.
3
Himmelheber, journal, 8.3.1939 (Archives du Musée Rietberg Zurich).
4
Himmelheber, 1940.